L’Opel de la forest

En général, les hommes, même en ce pays relativement libre, sont tout simplement, par suite d’ignorance et d’erreur, si bien pris par les soucis factices et les travaux inutilement rudes de la vie, que ses fruits plus beaux ne savent être cueillis par eux. 1

« La petite route d’abord… puis un écureuil. Quelques mètres en montant et les arbres aussi… Une crête de chataîgners. Elle se présente de loin, je la soupçonne puis la devine… est-ce-elle ou je l’imagine ? L’appareil photo me frappe, je cours et grimpe comme un gamin de peur qu’on me l’enlève. On me moque, je suis un fou, cette silhouette est mienne et familière, je le sais et me précipite… Je suis à bout de cœur… Elle est magnifique… Que fait-elle-ici ? Comment ? Pourquoi ? Par qui, comment ? Surtout, qui a pu laissé cette beauté allemande des années 60 finir ici ? Ce refuge pour de vieux piquets de bois et autres vestiges végétaux, cinquante ans plus tard, ne devrait pas être ici ?! … Le lien est établi. Un vieux V8 habite les bois et les prairies. »

Pour Brice et Stéphane, c’est clairement une épave.

Pour Jérôme comme pour Goticaardecana, c’est un appel de la forêt…

Des profondeurs de la forêt, il entendait résonner tous les jours plus distinctement un appel mystérieux, insistant … 2

D’abord, c’est une histoire de mecs…

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Trois potes qui se retrouvent une après-midi pour partir chasser le cèpe. Pas de bonne femme, c’est une histoire de mecs. Chasser le cèpe, c’est l’objectif, mais c’est surtout l’occasion de s’évader, de passer un moment d’amitié dans les bois.

Trois pêcheurs à la mouche, harnachés de leurs panier de pêche. De toute façon, adeptes du « no kill », (en français, le poisson, on l’attrape et on le relâche) chez eux du poisson on en mange pas souvent. Faut bien que leurs paniers servent à quelque chose. Ardéchois de naissance ou d’adoption, les ruisseaux et rivières du département et des voisins n’ont plus beaucoup de secret pour eux. J’exagère peut-être un poil, mais le Brice, ses cannes il les a bien trempées un peu partout. Et il est pas maladroit. Pour dire vrai, c’est un grand marabout de la pêche, fabriquant ses cannes en bambous, et aussi de délicats objets d’art résinesque.

La pêche à la mouche est une pêche sportive et crapahuteuse. Elle entraîne son praticien dans la nature, la solitude, les caillasses, et bien sûr les bois.

Je gagnai les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu’elle avait à enseigner, non pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’avais pas vécu. Je ne voulais pas vivre ce qui n’était pas la vie, la vie est si chère ; plus que ne voulais pratiquer la résignation, s’il n’était tout à fait nécessaire. Ce qu’il me fallait, c’était vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en spartiate, pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, la réduire à sa plus simple expression […] 1

Alors ces trois-là, la nature ils l’aiment à tous les goûts. Plus c’est sauvage, plus ils aiment, c’est vrai.

L’eau, la flore, la faune, en Ardèche ils sont gâtés. Ils le savent bien. Du Tanargue au Mézenc en passant par le Coiron et le plateau des Gras, c’est leur fief. Mais on les trouve aussi dans les vallées du Doux et de l’Eyrieux, et bien sûr, au Printemps dans celle de l’Ardèche. Ils aiment ces panoramas à la fois modestes et époustouflants, ne se lassent pas de les apprécier en toutes saisons. Ils se nourrissent du soleil brûlant du sud, de la burle et de la douceur d’un matin à Valgorge. Ils goûtent les couchers de soleil sur les monts ou les ruisseaux. Ils goûtent aussi, et sans aucune modération, les trésors nourriciers de ces paysages. Myrtilles ou framboises, mûres ou girolles, châtaignes ou cèpes.

Et si possible en même temps !!  Myrtilles et framboises et mûres et girolles et châtaignes et cèpes ! Trois gourmands de la vie.

Stéphane, le grand barbu, grand marabout de la canne en bambou lui-aussi, en a fait son métier : Pâtissier ès châtaigne. Il concocte des recettes nouvelles et mœlleuses, craquantes et légères. Irrésistibles !

Ces merveilles que leur offre le monde, ils les respectent. Pour la saveur des cadeaux de la nature, le temps précieux passé en son sein, l’avenir de nos enfants.

Jérôme, leur ami, est un créateur aussi. Visuel, communication et design. Look total black , barbe et crâne rasé. Alors les voilà, tous les trois qui descendent du camion de Stéphane en cette fin de juillet. Une escapade impromptue à la recherche des cèpes. Ils marchent, le nez en l’air, le nez au sol. Progressent chacun son terrain, sa parcelle. Ils y sont. Au cœur du bois. Leur chemin débouche sur un balcon, les branches, les feuilles, et plouf la falaise. Une pause pour admirer.

Je suis roi de tout ce que je contemple, Mon droit ici n’est pas à discuter. 1

Le ciel est généreux. Une belle journée, les nuages passent et ombrent le paysage. La lumière change, les collines se creusent ou se bombent, avancent puis s’éloignent. Le bois se déroule sous leurs pas, ils avancent. L’air est doux, le chemin facile entre les bosquets et ces sentinelles étranges. Des arbres torturés qui dressent leurs branches effeuillées, fières, blessées, pour toucher quand même le ciel. Bois blanc écorcé, bois noir brûlé.

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Ils demeurent. La vie est là dans leurs branches encore vertes. Ils résistent. Au loin des lignes de faïsses. Les buissons et les genêts s’épaississent. La progression est plus lente. Et le terrain se dégage de nouveau derrière le sommet. Un bouquet d’arbres au milieu de la pente. Une silhouette, un lieu étrange et envoûtant. Un abri, pour quel homme ou quelle bête ? Une halte… pour trolls des Cévennes ou farfadets 07 ? Ils explorent, imaginent, laissent leur esprit s’abandonner au mystère de l’endroit. L’esprit des chamanes, des sorciers, des guetteurs est avec eux… Puis ils rient.

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Parce que les seuls gens qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois. 3

Les paniers se remplissent, ils ne sont pas venus pour plaisanter.

 

Un peu de prés, des alignements d’arbres, quelques fougères…et la voilà: « L’Opel de la forest ».

Dans la profondeur de la forêt résonnait un appel, et chaque fois qu’il l’entendait, mystérieusement excitant et attirant, il se sentait forcé de tourner le dos au feu et à la terre battue qui l’entourait, et de plonger au cœur de cette forêt toujours plus avant, il ne savait où ni pourquoi ; il ne se posait pas la question mais l’appel résonnait impérieusement dans la profondeur des bois. 2

À plus tard ?

Article de K8 von E’s ! Photos Brice Fabre et Goticaardecana

1« Walden ou La vie dans les bois » de Henry David Thoreau
2 « L’appel de la forêt » de Jack London
3 « Sur la route » de Jack Kerouac

L’Opel de la Forest est maintenant un symbole et deviendra un rendez-vous.

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